Visite de la Maison Merry

By Québec Archéo | 
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Il m’apparaît clair que le meilleur moyen de découvrir une région est la visite de ses musées. En voyage, le musée est une porte d’entrée dans l’histoire d’un pays. On peut apprendre beaucoup de la manière dont les gens parlent d’eux-mêmes, dont ils de dévoilent à l’Autre. C’est aussi vrai pour les régions, les villes et les quartiers inconnus, qui donnent à observer toutes sortes d’habitudes : comment ses usagers se saluent, l’ambiance qui y règne, les odeurs, les cloches d’école qui sonnent… Même si on arrive toujours avec notre petit bagage, on est immanquablement surpris, remis en question ou séduit par la découverte d’un lieu nouveau. Je suis donc arrivée à Magog sans trop savoir ce qui m’attendait. Je ne connaissais pas cette ville et encore moins la Maison Merry, mais ce que j’y ai découvert m’a permis de revenir chez moi avec un regard nouveau sur ma ville et son histoire. N’est-ce pas le scénario idéal que de faire un voyage qui change notre façon d’habiter notre propre maison?

D’abord, il faut comprendre que la Maison Merry a toujours été une résidence privée. Bien que les habitants de Magog aient été curieux de ce qui se passait dans l’honorable résidence, elle n'était pas ouverte au public. Si les murs de la Maison Merry pouvaient parler, c’est  l’histoire de la fondation de Magog et de sa colonisation par la famille Merry qu’ils raconteraient. Presque 200 ans plus tard, ce sont six générations qui y auront vécu, avant que la ville de Magog ne l’achète, en 2008.

Ralph Merry III (1753-1825) est arrivé dans la région en 1799, avec sa femme et leurs enfants. Originaire des États-Unis, le futur fondateur de Magog s’est établi pour construire son avenir. Comme les Abénakis avant lui, Merry plante donc sa tente et commence à investir ce qui deviendrait son village. La proximité du lac Memphrémagog est à la fois source d’inspiration et de recueillement, si bien que plusieurs projets naissent probablement en prenant un thé sur la galerie de la demeure familiale. Les années 1800 sont témoins des grandes réalisations des Merry: moulins à scie et à farine, première usine de fabrication d’allumettes au Canada, première salle de classe de Magog, un moulin à carder la laine, etc. En 1821 est construite la maison actuelle par Ralph Merry IV, qui a autant de projets que son père. Chaque génération de Merry surpassera la précédente, en s’impliquant dans le développement de Magog et de ses habitants. La famille Merry a propagé des valeurs d’entraide et de solidarité dans le village de Magog. Par la création du chemin de fer, les Merry ont relié le village à Montréal. En ouvrant la première usine de coton de la région, ils inauguraient ce qui deviendrait la source principale de revenus de la majorité des habitants de Magog, d’hier à aujourd’hui : le textile.

L’acquisition de la maison par la ville de Magog est majeure, puisqu’elle démontre l’intérêt des dirigeants de la région pour la préservation du patrimoine. De plus en plus, notre triste époque voit son patrimoine bâti fragilisé par des décisions commerciales reliées à des espoirs de profits. En novembre dernier, nous pouvions notamment voir la démolition de la Maison Boileau, à Chambly, qui faisait la manchette par son manque de considération patrimoniale. À Montréal, l’enseigne du magasin Archambault qui trônait sur la rue Sainte-Catherine depuis 90 ans a failli se retrouver au dépotoir, par le même manque de sensibilité envers le patrimoine bâti. La ville de Magog n’a pas attendu de faire la une du journal local avant de prendre ses responsabilités face à ses citoyens. L’acquisition par la Ville en 2008 de la Maison Merry montrent les valeurs intrinsèques du maire Marc Poulin et le conseil municipal de l’époque, sans qui ce projet n’aurait pas vu le jour. La Ville de Magog a choisi de maintenir en vie un lieu patrimonial, sans savoir ce qu’il deviendrait, en ne quittant jamais des yeux son objectif : offrir la possibilité aux citoyens de retrouver leurs racines et de comprendre leur histoire. Grâce à la vision du conseil municipal de l’époque et à l’impulsion de celle qui deviendra mairesse en 2009, le projet de la Corporation de la Maison Merry a vu le jour en 2016 et la maison ouvrait ses portes au public en juillet 2018.

Lieu de mémoire, la Maison Merry offre l’accès gratuit aux résidents de Magog. L’exposition permanente, La Maison Merry – Toute une histoire!, présente l’histoire de Magog à travers les différentes pièces de la maison. Le visiteur est invité à déambuler au rez-de-chaussée de la maison emblématique, où installations vidéos, artéfacts et objets provenant des fouilles ayant eu lieu dans les terrains adjacents sont disposés pour faire vivre une expérience riche et singulière. «Ici, on veut que les enfants courent et que le monde parle fort!», nous dit Sophie Charbonneau, directrice générale de la Maison Merry. Pas question de se sentir comme à la bibliothèque; le silence n’est pas requis et tout ce qui n’est pas sous vitrine peut être touché par le visiteur. L’été, des chaises berçantes sont installées dans la véranda et les visiteurs peuvent s’y prélasser au soleil. On peut même s’asseoir au magnifique secrétaire d’un des descendants Merry pour réfléchir à nos projets d’envergure! L’exposition temporaire, Ma vie à la Textile, porte sur l’industrie qui a fait vivre Magog jusqu’en 2011, celle du textile. Elle se trouve dans une magnifique salle qui a été construite à l’arrière de la maison, pour recevoir des projets d’exposition, mais aussi des concerts, des événements privés et des ateliers. Une source de financement de plus pour cette belle institution qui bouillonne de projets. C’est sorti il  y a quelques semaines : en 2020 sera inaugurée la prochaine exposition temporaire créée par l’institution, en concertation avec la nation abénakise. En effet, l’équipe de la Maison Merry unira ses forces avec celles du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki et le Musée des Abénakis, pour créer une exposition qui mettra en lumière la présence abénakise sur le territoire de Magog.

Encore une fois, nous avons la chance inouïe d’être témoin de professionnels qui s’unissent pour mettre en valeur un patrimoine historique, architectural et archéologique. Par le biais d’ateliers pour la famille et pour les groupes scolaires, la Maison Merry présente les objets provenant des différentes fouilles réalisées sur le territoire de Magog, au fil des années. Les lieux sont accueillants, accessibles et lumineux et la programmation d’activités est diversifiée et invitante.

Ce qui distingue la Maison Merry des autres lieux patrimoniaux, en mon sens, c’est son accueil d’exception. L’entrée est aménagée en boutique, pour y découvrir des produits de la région et des items aux mille visages, qui représentent toutes les générations des Merry qui ont habité le lieu. Des livres à colorier aux recettes de muffins, l’offre est décomplexée et ludique, loin des boutiques sérieuses des musées traditionnels. Les espaces extérieurs du lieu patrimonial ne sont ni clôturés ni restreints, même en dehors des heures d’ouverture. Les visiteurs peuvent se prélasser sur le terrain, venir lire ou pique-niquer aux abords du lac Memphrémagog et découvrir le parcours interactif de géolocalisation, dont les pastilles se cachent sur les bancs aménagés dans la cour. Été comme hiver, le Wi-Fi est en marche et les citoyens de Magog peuvent venir s’approprier leur petit coin de patrimoine.

Ouverte au public depuis juillet 2018, la Maison Merry veille pourtant sur Magog depuis longtemps. Il ne reste qu’aux citoyens à la protéger, maintenant qu’elle leur appartient.

Plus d’informations : www.maisonmerry.ca

Photo: Simon Laroche
Texte: Valérie Dezelak

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